Le soleil.

Brûlant, accablant, sphère or au milieu d’un océan de lumière, surmontant une immensité aux chaudes couleurs ocre, marron et terre de sienne.
Mes yeux asséchés cherchaient au milieu de tout ça, désespérément, la verdure, l’humidité, l’ombre.

L’ombre.

Les puristes nous voient plongé dans les ténèbres, mais je n’ai jamais baigné que dans la lumière. De mon enfance dans les épis de blé sauvage à aujourd’hui et très probablement au-delà.

Et en cet instant plus que jamais, alors que je me trouvais dans un lieu totalement désertique, où chaque pas se révélait être plus un effort mental que physique, l’astre solaire dardait son regard absent de commisération sur moi.

Continuer à avancer, toujours continuer à avancer. Ma vie n’avait aucun sens, je n’avais aucun but à atteindre : je fuyais juste le plus loin possible tant que j’étais encore vivant.

Cette succession de roche et de désert m’était inconnu et je ne savais absolument pas ce que je trouverais devant moi le lendemain. Le matin je tournais le dos au soleil et l’après-midi je me dirigeais vers lui, persuadé que si je me rendais vers la direction où il mourait chaque soir, j’atteindrais aussi ce lieu de mort.

Au fil des jours, j’avais perdu le compte du nombre de fois où le soleil était mort et petit à petit, je me rendis tout de même compte de l’étrangeté de ma survie. Depuis ce matin funeste, je n’avais rien mangé et rien bu et pourtant j’avais toujours la force de continuer à marcher. Et ce n’était pas comme si je ne ressentais plus aucun besoin car la faim et la soif me torturait intérieurement au point que j’en venais à imaginer un fruit là où se trouvait une pierre, de l’eau là où se trouvait du sable. Par contre, le sommeil m’avait complètement abandonné.

Je ne pouvais donc que marcher, encore et toujours, en me demandant pourquoi cette souffrance n’avait pas de fin.

Est-ce que ce que j’avais fait méritait tout cela ?

Les jours ont continué à passer et je ne voyais même plus le paysage défiler devant mes yeux, juste un flou de couleur qui me désintéressait. J’avais atteint un tel stade de marche machinale et mécanique que même la succession des jours et des nuits perdirent tout sens.

C’est pourquoi lorsqu’une pierre me frappa dans le dos, j’eus l’impression d’être tout d’un coup réveillé, rappelé à la réalité. La douleur me surprit et rompant un cycle de marche bien établit, je m’emmêlais les pieds et tombais face contre terre.

Je mis un certain temps à me rendre tout à fait compte de ce qui se passait. Me relevant sur les coudes j’entendis des voix, mais je ne comprenais pas ce qu’elles disaient. C’était une autre façon de parler.
J’étais donc arrivé dans un lieu où vivaient des Hommes différents. Relevant la tête, les yeux encore endoloris par la lumière, je regardais autour de moi pour les trouver.

Ils étaient deux, l’un s’était approché de moi quand l’autre tenait deux immenses bêtes étranges et inquiétantes. Mon intérêt se focalisa aussitôt dessus.
Couleur sable, elles avaient de très longues pattes osseuse et fine qui semblaient bien trop frêles pour soutenir leurs corps et leur cargaison. Je leur trouvais quelques ressemblances avec les chèvres de mon frère  avec leur pelage ras et laineux, et leur bouche fendue en trois, mais pour le reste… Leurs corps semblaient difformes et formaient sur leurs dos comme deux dunes, une plus petite que l’autre, leurs cous étaient complètement surdimensionné, longs, ils semblaient tellement lourd à porter pour leurs têtes qu’ils pendaient. En lieu et à la place des longues oreilles de tous les quadrupèdes que je connaissais, ils avaient deux tous petits arceaux qui coiffaient leur tête. Et pour finir, comble de l’inesthétique, leurs museaux étaient tellement relevés sur leur crâne que leurs yeux n’avaient pas d’autre choix que de se tenir d’un côté et de l’autre plutôt que de le surmonter.

Mon frère aurait adoré voir ça.

Mon attention fut détournée lorsque l’homme qui m’avait approché me saisit sans douceur par le coude pour me faire lever sur mes pieds. Il sentait horriblement mauvais, mais je pense que ça devait être mon cas aussi bien que des mouches, contrairement à lui, ne voletaient pas autour de moi. Sa peau était plus foncée que la mienne, me rappelant celle de l’argile des rivières et il portait sur lui des vêtements en laine décorés de petits os peint. Cela me rappela ma mère qui polissait les os pour en faire des petites perles ornementales.

Avant que j’ai pût essayer de communiquer, l’homme qui me tenait toujours par l’épaule utilisa son autre main pour agripper mes cheveux et tirer ma tête en arrière. Je poussai un cri de surprise, ne comprenant pas pourquoi cet homme se montrait aussi rude envers moi et ne me lâchait pas pour commencer. Je ne me sentais plus maître de mes mouvements et de mon corps, ce qui me déplaisait énormément. J’essayai de me dégager en lui demandant de me relâcher mais tout ce que j’eu pour réponse, c’est un coup dans l’estomac qui me plia en deux puis à nouveau une violente torsion sur mes cheveux qui me fit lever la tête vers le ciel, le soleil m’éblouissant alors que des larmes de douleur et d’incompréhension coulaient sur mes joues.

Je n’avais rien fait à cet homme, pourquoi se comportait-il ainsi ? Pourquoi me maintenait-il comme un vulgaire animal ?   

L’homme me dévisageait, sa bouche molle fermée en une moue qui montrait qu’il était dans l’expectative. Il tourna la tête et aboya quelques paroles à son compagnon qui lui répondit. Il attrapa alors une corde qui pendait à sa ceinture et tout en me plaquant par terre, se mit à l’accrocher autour de mes poignets, serrant si forts qu’ils me mirent à rougir. Une nouvelle fois je tentai de me dérober, mais l’homme était lourd et son odeur abominable me coupait le souffle.

Je me retrouvai donc incapable d’utiliser mes mains. J’avais beau forcer, la corde ne bougeait pas et je me faisais plus mal qu’autre chose. L’homme tenait l’autre bout de la corde et d’une saccade m’obligea à le suivre.

Furieux de ne plus me retrouver libre de mes actes, je fonçai sur cet individu, mais il m’évita avec un rire, et tirant sur la corde, me fit perdre l’équilibre et tomber violemment par terre.
Il me semblait n’avoir jamais été autant en colère contre quelqu’un de mon espèce. Pour la première fois de ma vie je découvrais la méchanceté gratuite et j’en restais ébahi et quelque part, un peu fasciné.

Ces hommes se comportaient comme s’ils étaient des dieux, en droit de se faire obéir d’autres, en droit de contrôler leurs vies.

Après un nouveau rire qu’il finit en crachant par terre, il m’obligea avec l’autre homme à me relever et attacha le bout de la corde à l’un de ces horribles animaux.
Le deuxième homme qui ressemblait pas mal au premier sauf qu’il semblait plus fin se mit à jouer d’un long bâton tout en sortant de sa bouche une stridulation en direction des bêtes. Celles-ci se mirent alors à marcher, dépliant leurs jambes en de long pas et me tirant derrière elles.

Au début je forçais en sens inverse pour les obliger à s’arrêter, mais contrairement à ce que j’avais imaginé à cause de leurs longues jambes toutes fines, ils étaient étonnement puissant et je finis par trottiner derrière elles, résigné. 
Les deux hommes marchaient à côté, discutant de temps en temps et j’essayai d’entrer en communication avec eux, mais à chaque phrase que je disais, je m’attirai un regard mauvais ou un grognement. Au final le deuxième homme me frappa à la tête avec son bâton en m’hurlant dessus et pour éviter cette nouvelle agression, je préférai me taire.

Ce n’était de toute façon qu’une nouvelle marche comme la précédente, sauf que je n’avais plus mon libre arbitre. On ne suivait plus tout à fait le soleil, ce dernier se couchait désormais légèrement à droite de nous.
Nous marchâmes jusqu’à ce que l’astre flamboyant rase la terre. Ils s’arrêtèrent alors et se mirent à décharger l’une de leur bête.

Ils sortirent alors des peaux qu’ils étendirent par terre et montèrent petit à petit une tente. Le Deuxième fit un feu tandis que le Premier enfonçait un pieu dans le sol. Il y attacha les deux bêtes et je su alors qu’il me mettait au même plan qu’eux lorsque je m’y retrouvai attaché moi aussi. Je m’éloignai néanmoins d’elles et des insectes qu’elles attiraient.  

Les deux hommes se mirent à manger autour de leur feu en silence, se parlant juste de temps en temps en me jetant parfois des coups d’œil mécontent. Le Deuxième semblait ne pas vouloir m’approcher, ça pouvait paraitre étrange dans la situation où j’étais mais j’avais l’impression qu’il avait peur de moi. Quant à l’autre, il y avait une lueur dans ses yeux quand il me regardait qui me déplaisait au plus haut point et qui m’effrayait.

C’est pourquoi quand il m’approcha avec de l’eau et un bout de viande séché, je m’éloignai d’instinct. Il répondit à mon geste par un grognement et posa par terre le bol d’eau et la nourriture.

Au moins semblaient-ils vouloir me garder en vie. Une fois le Premier parti rejoindre son compagnon je me jetai sur l’eau et la nourriture et tout cela me parut plus merveilleux que tous les repas que j’avais fait avant. Je me sentais tout d’un coup revivre et moins défaitiste. Je me jurai alors en mon fond intérieur de tout faire pour ne plus jamais subir une disette forcée.

Le soleil avait entretemps disparut et la lune et les étoiles l’avaient remplacés. Sous l’effet du froid, les deux hommes partirent se réfugier sous la tente. Ils durent dormir par tour de rôle car régulièrement l’un d’eux sortait pour raviver le feu.  

De mon côté, étant incapable de dormir, je passai la première partie de la nuit à chercher à m’enfuir, tirant sur mes cordes trop bien attachées, essayant de les trancher avec mes dents, puis je finis par m’asseoir, découragé, et me mit à observer le désert.
En prenant la peine de l‘admirer, ce que je n’avais pas fait depuis que j’y étais entré, je découvris qu’il n’était pas si inhabité que ça.

Un serpent passa non loin de notre campement en sinuant entre les rocs, il fut suivit quelques temps après par le plus petit renard que j’avais jamais vu, plus clair et plus trapu que celui que j’avais l’habitude d’observer chasser dans la montagne.

Dans l’obscurité brilla les yeux de petits rongeurs partis à la recherche d’insectes et deux scarabées passèrent devant moi. La nuit, loin de la chaleur, tous les êtres vivants du désert s’activaient et je me révélais l’observateur privilégié de ce spectacle.   

Au petit matin, alors qu’un halo blanc se dessinait à l’est, je vis un nouvel étrange animal se déplacer sans bruit, majestueux, sorte de grande chèvre blanche aux pattes noires et coiffée de deux immenses cornes droites, suivie par deux de ses petits, tout roux et duveteux. Ils ne s’attardèrent pas et disparurent en nous apercevant.  

Le lever du soleil enflamma les roches rouges et ocre des montagnes et après cette observation nocturne, je me sentais plus serein, prêt à affronter une nouvelle journée en compagnie de mes tortionnaires.

Sans un mot pour moi, ils rangèrent le campement, me donnèrent un peu d’eau et me rattachèrent au grand animal. La route reprit alors dans un silence qui me sembla plus tendu qu’hier. Avaient-ils décidés ce qu’ils allaient faire de moi ? En tout cas le Premier me regardait de plus en plus souvent, s’attirant la colère du Deuxième qui semblait le rappeler à l’ordre.

Plus que jamais je me sentais frustré de ne pas comprendre ce qu’ils se racontaient.

Je me mis alors à tendre l’oreille pour les écouter attentivement, essayer de repérer des mots, les récurrents et ce que pouvait être leur sens. Malheureusement j’étais réduit à des suppositions.

Le voyage continuait, quelque fut le but, nous entrainant du plus en plus profondément dans le désert. Par ci par là nous aperçûmes de la végétation, quelques palmiers, toujours en bosquets et ils faisaient des lieux privilégiés pour les haltes de nuits.

Je continuai de les passer de la même façon, d’abord en espérant que le Premier n’ait pas autant serré les cordes, puis en apprenant la patience qui m’avait souvent manqué dans mon ancienne vie.

Les deux hommes qui m’avaient semblés proche le premier jour, passaient de plus en plus de temps à se disputer et désormais, ils voyageaient chacun d’un côté de leur bête. J’avais l’intuition d’être à la source du conflit et cela m’inquiétait un peu. Pour ma sécurité s’entend, car je n’éprouvais aucune sympathie pour eux et je pensais de plus en plus à vouloir les pousser dans une crevasse pour m’en débarrasser. Le problème c’est que si j’arrivais à mes fins avec l’un d’eux, il me faudrait subir le courroux de l’autre.

Je ne me doutais pas alors de ce qui allait arriver. Qu’une partie de mes souhaits serait exaucée.

C’était notre cinquième nuit ensemble et les deux hommes devisaient avec colère autour de leur feu pendant que je grignotai ma viande séché en essayant de me faire le plus petit possible. Je ne tenais pas à ce que leur dispute retombe sur moi.

Le Premier se leva alors brusquement en hurlant quelque chose et se dirigea à grands pas vers moi. Sentant que ce ne serait pas une bonne chose me concernant, je me mis aussitôt debout et chercha à me mettre hors d’atteinte derrière les bêtes bossues.

Le Second hurla quelque chose en retour et s’élança sur son compagnon. Il lui tomba dessus et tous deux roulèrent sur le sol en se donnant des coups, vociférant et hurlants. Au fond de moi je souhaitais que le Second gagne et empêche le Premier de m’approcher.

Dans le feu de l’action le Second récupéra le couteau qui pendait à la ceinture de son compagnon et le lui asséna à plusieurs reprises dans le torse avec des cris fous. Du sang giclait de la lame et aspergeait les corps du Premier et du Second. Je regardais ce spectacle avec effroi mais sans pouvoir en détacher les yeux.

Je n’avais pas ressenti une pareille sensation quand j’avais fracassé la pierre sur la tête de mon petit frère. Il faut dire que je n’avais pas très bien réalisé ce que ça voulait dire et j’avais cherché à cacher ce que j’avais fait aussitôt, honteux, mais là, c’était comme regarder deux animaux s’entretuer. C’était ça, des animaux. Sauf qu’au lieu de chercher à dévorer le mort, ce qui aurait pût passer pour logique dans une relation de prédation, le Second se releva, essoufflé et regarda le Premier mort avec un mélange de mépris et de colère.

Puis son attention se tourna sur moi, et là ce n’était plus de la colère que je lisais dans ses yeux, c’était de la haine.  Il rangea le couteau, chercha autour de lui puis parti attraper un bâton et revint à grands pas. Je savais ce qui allait arriver et le savoir ne rendit pas la chose moins douloureuse.

Il fracassa son bâton sur moi à plusieurs reprises, jusqu’à ce que je ne puisse plus tenir debout, zébrant mon corps de marques rouges, m’hurlant des choses que je ne comprenais pas avant de s’éloigner brusquement de moi avec horreur et de se replier derrière le feu.

Ce qu’il fit après, je ne m’en souviens pas, la douleur me vrillait le dos et le derrière des cuisses. Je laissai reposer ma tête sur la Terre et mes larmes y couler. Je me pris à repenser à ma famille, à mon foyer, qui m’étaient désormais interdit. Les bras accueillants de ma mère, les rires de mes sœurs, les regards approbateurs de mon père, les pitreries de Seth et nos escapades avec Abel… J’avais l’impression de le voir, là-haut sur la montagne, en train de me faire signe de le rejoindre.

*Je voudrais bien arriver petit frère, mais je n’y arrive pas…*  

Dans les moments de tristesse ou de désespoir, j’avais autrefois la possibilité de me tourner vers le Ciel et d’espérer Son soutien, mais désormais j’étais tout seul car Il était en colère contre moi et Il m’avait chassé. J’étais abandonné… Seul…

« -Tu avais promis qu’il ne m’arriverait rien… » Lâchais-je en direction du ciel, se demandant si les Anges regardaient dans ma direction et passeraient le message.

Cette nuit-là je plongeais dans un sommeil peuplé de cauchemars.

Je fus réveillé par des cris horrifiés. Et cela ne pouvait être que le Second puisque le Premier était mort. Je m’attendais à avoir des difficultés à me lever, des bleus partout sur le corps, c’est pourquoi je ménageais mes gestes. Mais je constata rapidement qu’il n’en était rien et qu’il n’y avait plus aucune trace de coups sur ma peau et plus aucune douleur dans mes muscles. C’était d’ailleurs ce qui semblait inquiéter l’homme.

Au fond de moi, cela me préoccupait aussi bien sûr. C’était à rajouter au fait que j’avais tenu un certain temps sans manger ni boire ou prendre du sommeil, mais pour l’instant, cela m’emplissait d’une joie sadique envers mon bourreau.

« -Tu as vu ? Tu m’as tapé et il n’y a plus aucune trace ! » Le narguais-je, me sentant soudain supérieur à lui.

Il ne comprenait pas bien sûr mais s’empressa à me rappeler que j’étais celui qui était attaché en grimpant sur l’une des bêtes qu’il avait délesté des affaires du Premier pour leur faire suivre un train de course et m’obligeant, par cela même, à courir derrière eux.

Plus d’une fois je trébuchais et me faisait trainer par les bêtes face contre terre, ayant l’impression que mes poignées allaient se défaire du reste de mon corps. Mais poussé par la volonté farouche de ne pas céder à cet homme, j’arrivais à me relever et me remettais à courir.

Ce train ne dura que trois jours, car à galoper, nous étions arrivé plus vite à destination. Chaque nuit je m’étais endormi, endoloris et chaque matin je m’étais réveillé frais et dispos, sans aucune fatigue dans les muscles ou blessures, adressant un sourire entendu au Deuxième qui me fixait à présent comme si j’étais une chose malfaisante.

Pourquoi ne se débarrassait-il pas de moi si je lui faisais à ce point peur ?

J’allais avoir une réponse à ma question et découvrir un peu plus cette race qui était la mienne et que je connaissais en réalité fort mal.  

Notre destination était une petite vallée à flanc de montagne, occupé par deux ou trois bosquets de végétation, quelques palmiers solitaire et des sortes de terriers fait de terre, car il aurait été, à mon avis, trop généreux d’appeler ça des maisons.

En approchant je découvrais ce petit village. Il y avait là plus d’Hommes réunis au même endroit que je n’en avais jamais vu. A vu de nez, je penchais pour au moins une dizaine de familles. La plupart semblait du même peuple que le Deuxième, mais il y en avait qui avait la peau plus claire, comme moi, et d’autres au contraire l’avaient aussi noire que la nuit. Si l’on devait faire une autre distinction, il y avait ceux qui étaient bien habillé et ceux qui ne l’étaient pas. Avaient-ils une couturière peu douée ? Et l’autre couturière ne pouvait-elle pas l’aider ? 

En approchant je constatais que la qualité était au-dessus que ce que je pensais. L’un des hommes qui s’approcha pour parler au second avait sur le dos une étoffe magnifique qui semblait incroyablement légère et douce. Ca ne pouvait pas être de la laine. Il portait de plus un espèce de poitrail qui semblait fait d’un matériau dur mais qui ne pouvait pas être de la pierre, trop lourde à porter, ni du bois car elle n’avait pas de granularité.

Je mourrais d’envie de les toucher tous les deux et me forçai à me concentrer sur autre chose plutôt que de les regarder parler de moi d’un air suspect.

Il y avait d’autres de ces animaux bossus dans le village, ainsi que des ânes qui transportaient des tas de roches dans des paniers et qui semblaient venir d’une grotte dans la montagne. Le village contenait juste un puits en son centre, occupé par des petites filles qui remplissait de grandes cruches. Des femmes dans un coin faisaient sécher des fruits, d’autres broyaient des céréales pour en faire de la farine. Quant aux hommes, petits et grands, à part quelques-uns assit dans divers endroits du village et semblant peu disposé à aller aider, je ne les voyais pas. Pourtant il devait y en avoir plus.

L’homme bien habillé finit par haler un des hommes présents qui, après quelques mots, partit dans une maison et en revint avec un petit coffre de bois. Il l’ouvrit et je pus découvrir ce qu’il contenait. Il y avait pleins de pierres d’un très joli bleu/vert veiné de gris. On en trouvait parfois au fond des rivières, des jolies pierres de couleurs et quand c’était le cas, nous allions les donner à notre mère pour qu’elle en fasse un collier. En tout cas le Deuxième semblait très content que l’on les lui donne. Il alla les ranger alors que l’homme précédemment appelé alla défaire ma corde de la bête. 

Etait-il si content qu’on allait enfin me laisser partir ?

Mais non, l’homme se contenta de me tirer derrière lui en aboyant un ordre. Je ne comprenais pas ce qu’il en était, mais j’eus une vague impression de malaise en voyant le Deuxième partir sans moi, me laissant dans le village, scruté par les deux nouveaux hommes.

Ce n’était qu’un pressentiment, mais j’avais l’impression d’avoir été échangé contre des cailloux colorés…