Chapitre 2 : La dernière bataille.

 

 

Theowulf accueilli la nouvelle avec autant de calme qu’il le pouvait. Il ferma les yeux et serra les poings fortement.

Mindas-Farwen était tombée.

Il venait tout juste d’être rapatrié en urgence de la dernière bataille, une méchante plaie courant de haut en bas de son torse. Les sages faisaient ce qu’ils pouvaient pour le guérir mais la lame qui l’avait touché était empoisonnée et ils ne connaissaient aucun remède à ce venin.

-C’est ce maudit démon blond là… Comment s’appelle-t-il déjà ? Ah oui Irvain… Irvanim… Enfin bref un nom bizarre ! J’aurais dû me méfier de sa consistance faiblarde ! Ragea-t-il alors qu’il souffrait et que ses yeux brillaient de fièvre.

-Père, calmez vous ! Intervint Arunya en plongeant à son chevet, attrapant dans ses petites mains celle crispée de son père. Tout espoir n’est pas perdu, il reste encore plusieurs guerriers et magiciens valables… Il reste moi aussi ! Rappelez-vous de la rune père ! Rappelez-vous de Fehu !

-Fehu… Oui … Oh ma petite… Serais tu capable d’invoquer les géants des glaces pour nous ?

-Je le ferais avec votre autorisation père ! Contre des dieux, seuls d’autres dieux peuvent combattre !

-Ce ne sont pas des dieux ma fille ! S’exclama Theowulf scandalisé, ce sont des démons ! C’est ce qu’ils nous ont dit ! Ce n’est pas encore le Ragnaröck !!!

-Oui père.

Le roi se calma peu à peu et sombra dans un sommeil agité. Arunya remonta ses draps sur ses épaules et le laissa aux bons soins des sages venus des quatre coins de la planète.

Moins d’un an avait passé. Des mois de batailles interminables où leurs troupes avançaient sur les démons pour reculer ensuite par deux fois. Des milliards d’âmes vaincues et massacrées tandis que les rangs ennemis restaient inchangés. Mindas-Reath et Mindas-Farwen n’étaient plus que des champs de morts et de ruines. Les quelques habitants restants s’étaient cachées dans les montagnes et les forêts et vivaient dans la crainte d’être retrouvés par ces loups assoiffés de sang.

Les pourparlers n’avaient au final servi qu’à leur faire connaitre leur ennemis car ce qu’ils voulaient était un objectif clair et précis qui ne semblaient pas pouvoir être marchandé : la conquête du système de Sion et à plus grande échelle, de tout le Niflheim.

Que faire contre cela sinon résister ? Même s’ils se rendaient, les démons continueraient leur avancée en massacrant tout ce qui se trouvait sur leur passage. Et les dieux étaient apparemment occupés à intervenir dans d’autres systèmes…

La petite fille se décida à réinterroger les runes, mais elle obtint à nouveau la même réponse. Thurisaz, Gebo… Et toujours Fehu… Qui s’appliquaient toutes à elle. Cependant, la combinaison de ces trois là la laissait perplexe et elle ne comprenait pas ce que son avenir lui réservait. Pourtant elle aurait tellement aimé aider son père…

La petite fille retourna dans sa chambre, tourmentée, et s’assit sur son grand lit couvert d’une grande fourrure blanche aux reflets argentés. Elle laissa courir ses doigts dans les poils soyeux tout en cherchant un moyen de gagner la victoire.

Ces démons devaient bien avoir un point faible, tout le monde à un point faible... Ils ressemblaient à ces vieilles histoires d’horreur que lui racontaient les guerriers, celles avec des morts qui se mettent à bouger d’un seul ordre des dieux pour se battre à l’infinie contre leurs ennemis. Les épées les traversaient mais ne leurs faisaient rien puisqu’ils étaient déjà morts… Peu importe qu’ils aient des membres coupés puisqu’ils ne ressentaient pas la douleur…

Mais ces démons connaissaient la douleur et ils n’appréciaient guère de perdre un bras puisqu’ils allaient le chercher pour se le recoller comme si rien ne s’était passé… Les décapiter était une bonne technique puisque cela  les laissaient sur la touche jusqu’à la fin du combat, attendant qu’un de leur congénère pense à recoller les deux morceaux…

Les bruler était inefficace… Les noyer aussi… Peut être que s’ils se faisaient dévorer par un Flei… Mais il faudrait attirer une bonne centaine de ces gros carnivores poilus, ce qui risquait de causer plus de pertes du côté des guerriers que du côté démons…

Le seul moyen qu’ils leur restaient était de les enfermer vivant en espérant qu’ils ne se libéreraient jamais. Et pour ça, ils allaient devoir faire appel à une magie très puissante et instable qu’Arunya était loin de totalement maitriser.

Elle posa une main sur sa joue, se rappelant alors le jour où elle avait parlé avec un des démons… Le grand qui s’appelait Xezbeth.

Malgré sa tétanie due à la présence du démon,  elle se souvenait que ses doigts étaient chauds, tout comme les siens en ce moment.

Vivantes sans sembler l’être…

Ces créatures étaient un véritable mystère.

***

Lorsque le jour se leva, Xezbeth se félicita de l’absence de chute de neige, bien qu’il n’y fût pour rien. La plaine devant laquelle il avait décidé d’établir le camp hier ressemblait à un immense tapis scintillant. Face à eux se trouvait aussi deux falaises couverte de glaces où l’on devinait sculpté six grands hommes barbus assis contre la montagne.

Mindas-Thish semblait être la planète de Sion au climat le plus clément, plus proche de l’étoile, elle semblait même bénéficier de quelques rares rayons de lumière. Mais ce n’était pas le cas aujourd’hui : comme depuis qu’ils étaient arrivés sur les Mindas, d’épais nuages grisâtres couvraient le ciel d’un plafond uniforme.

Il aperçut alors Mechviel qui revenait de son inspection, fendant l’air tel un rapace et atterrissant dans une gerbe de neige prés de son seigneur.

-Alors ?

-Ca y est, on dirait que notre bon vieux roi Theowulf s’est décidé à lancer tout ce qu’il reste de son armée, annonça le brun en repliant ses ailes. Ils sont à peu prés un millions de guerriers et une trentaine de ces gros mammouths sans trompes. J’ai cru apercevoir au passage plusieurs magiciens…

-La bataille décisive ! Enfin ! S’exclama Irvaïm qui nettoyait avec soin son épée. Le roi devait être mal en point, non ? Je l’ai touché la dernière fois !

-Oh, ces hommes là sont des durs à cuir, répliqua Mechviel en se dirigeant vers un grand panier dont il sortit plusieurs serpents qui s’accrochèrent à lui. Mais le poison de mes bébés doit forcément lui faire souffrir le martyr !

Il attrapa l’un de ces animaux et l’obligea à ouvrir la gueule, dévoilant ses deux crochets et sa langue fourchue. Irvaïm tendit son épée et laissa la bête mordre dans le pommeau et remplir sa lame de poison.

-Est-ce qu’elle était avec eux ? Demanda finalement Xezbeth qui se tenait aussi immobile que les statues de glaces.

-Ta petite princesse ? Je ne sais pas si elle va prendre part au combat mais elle se tenait au côté de son paternel, répondit Mechviel d’un ton distrait.

-Dites aux autres qu’ils peuvent encore se reposer, annonça le seigneur en humant dans le vent l’odeur du fer, de la fumée et des vapeurs animales et humaines.

-Les fragrances de la Guerre, continua t’il en se délectant d’avance des combats à venir.

Ses deux seconds se levèrent et ordonnèrent aux autres démons de se préparer au combat. Il n’y avait cependant pas grand-chose à préparer puisqu’ils avaient cessé de porter leurs grosses armures, jugées ici inutile. Ils récupérèrent leurs armes, certains étirèrent leurs muscles et leurs ailes, tandis que d’autre faisait craquer leurs articulations.

Ils s’avancèrent alors dans la plaine, mettant de la distance entre leur campement et le champ de bataille avant de se placer en formation de triangle.

Xezbeth cherchait encore l’utilité des formations mais le Grand Prince semblait y tenir… Par nostalgie sûrement…

Il regarda sa petite cinquantaine de démons qui attendaient, l’air tranquille ou frémissant d’impatience. Plus d’une trentaine d’entre eux étaient des démons de basse classe, à peine capable de penser clairement par eux même, récemment transformé, ils étaient encore sous l’entière emprise de Xezbeth et plongés dans leurs vices et leurs désirs. Les autres étaient plus vieux et bénéficiaient de plus d’autonomie et de contrôle sur eux même.

Quoiqu’il en soit, ils lui obéissaient tous et formaient à eux seul un bataillon capable de défaire n’importe quel armée, peu importe sa taille.

Et justement, l’armée qui se présentait à eux était impressionnante. En bas des falaises et sur bien un kilomètre commencèrent à apparaitre des petits points, de plus en plus nombreux, suivis des mammouths bleues qui se disposèrent en rangées. En haut de la montagne de glace, d’autres points apparaissaient, moins nombreux, mais redoutable : les magiciens préparaient leurs sorts.

-A première vue, je dirais qu’ils n’y a que des guerriers à pieds et les archers sont tous perchés sur les grosses bestioles… Et puis il y a les magiciens en haut… C’est eux qui vont nous poser des problèmes, annonça Mechviel.

-Ne t’en occupe pas Mech, commença Xezbeth, mais n’oubliez pas, interdiction de toucher à la princesse Arunya. J’en fais mon affaire !

-Oui, oui, je m’en doutais…

Le bruit d’un cor résonna dans la vallée et les petits points noirs se mirent à avancer telle une marée de pétrole sur une mer de glace. Xezbeth leva la main et donna l’ordre de commencer l’attaque. Les démons déployèrent leurs ailes et s’envolèrent, fendant la bise glaciale pour entrer dans le combat. Ils évitèrent les flèches qui se mirent à pleuvoir sur eux, tout en gardant leurs positions, se déplaçant dans une harmonie équivalente à celle des migrations d’oiseaux. Certains démons se mirent alors à lancer des sorts et des boules de feu foncèrent dans le camp ennemi avant d’être arrêté par les boucliers magiques que venaient de lancer les magiciens en haut de la falaise. A présent, ils étaient assez prés pour voir nettement les hommes habillés de peaux de bêtes et de fourrure, courir vers eux avec la rage au corps, tout en hurlant et en brandissant leurs armes.

Xezbeth pouvait au moins leur reconnaitre un mérite : ils ne connaissaient pas la peur de mourir. Cependant, s’il n’y avait pas la peur, il y avait la haine et celle-ci augmentait les pouvoirs des démons aussi bien que la terreur.

Il esquissa un petit sourire, avant de faire signe au détachement de Mechviel. Celui-ci et cinq démons se séparèrent alors du groupe, grimpant en altitude, pour se diriger vers les magiciens. Les autres foncèrent avec allégresse dans la vague qui s’élevait contre eux.

Il n’y eut pas vraiment de choc, Xezbeth décapita d’un tour de main le premier homme qui lui tomba dessus et s’éleva un peu pour laisser la vague s’écraser sur du vide alors qu’il perçait un trou dans celle-ci. La formation s’écarta de façon à créer une vingtaine de foyer de combats pour un million d’hommes. Du haut des mammouths, les archers continuaient à les cribler de flèches, mais même si elles touchaient un démon, celui-ci ne semblait pas y faire très attention. Ainsi, au bout d’une heure de fauchage, Xezbeth avait bien une vingtaine de flèches plantées dans divers points de son corps, la plupart dans ses ailes qui lui servait de bouclier. C’est d’ailleurs avec l’une d’elle, qu’il arracha d’un mouvement vif de sa cuisse, qu’il énucléa l’un de ses adversaires qui tentaient de le prendre par l’arrière, avant de le mettre définitivement hors d’état de nuire en le tranchant en deux, faisant jaillir un nouveau flot de sang. Sous ses bottes, la neige avait prit une couleur écarlate.

Dans divers points de la bataille, des hommes se battaient contre leurs propres alliées, plus faible que leurs confrères, les ténèbres qui accompagnaient les démons leur avait fait complètement perdre le sens des réalités et faisait ressortir ce qu’il y avait de pire et de mauvais en eux.

Irvaïm, toujours très rapide, était en train de s’occuper d’un des mammouths bleus, plongeant sa large épée dans l’une des pattes massives de l’animal. Aussitôt l’animal poussa un cri rauque de douleur et alors que le démon blond sortait son épée sans difficulté, la patte de l’animal se déchira en deux, attaquée par l’acide produite par l’arme et alors que le sabot restait à terre, le pachyderme s’effondra sur le flanc, écrasant tous les guerriers qui se trouvaient sur sa trajectoire et entraina dans sa chute tous les archers.

Mechviel regardait d’en haut le champ de bataille qui semblait être tout à leur avantage. Il avait encore une de ses épées plantée dans le thorax d’un homme couvert d’une longue fourrure blanche qui se teintait petit à petit de cramoisi. Il retira l’arme et tourna alors son regard vers la petite fille qui se tenait au milieu des corps morts de ses compatriotes et qui continuaient à crier des mots inconnus qui semblait se répercuter en effet magique. C’était ainsi que devait marcher leurs magies.

-Ca ne sert à rien, vous allez perdre et toi tu perds ton temps ! Vous feriez mieux de vous rendre ! Lui lança-t-il en se rapprochant d’elle et en plantant ses deux épées dans la glace.

La petite fille se déconcentra alors de la bataille et lui jeta un regard noir. Puis, comme si elle prenait elle aussi conscience du désastre, elle fronça les sourcils et respira fortement avant d’écarter les jambes et de se tenir immobile un moment contre le vent, sa longue tresse bleue volant derrière elle.

Elle rabattit soudain sa tête, levant les yeux au ciel et leva les bras, avant de se mettre à réciter une série de mots sans reprendre son souffle ni bouger :

-…Raidho ! Naudhiz ! Fehu ! Ansuz ! Isa ! Thurisaz ! Raidho ! Naudhiz ! Fehu ! …

Soudain un cercle de magie apparut sous elle et alors qu’elle continuait à répéter la série de mots, le sol se mit à trembler et Mechviel dû se retenir à ses armes.

En contrebas, les six géants qu’ils avaient crus sculpté dans la glace se mirent à bouger et à se lever de leur trône.

-Oh sacrebleu ?!?! C’est quoi ces gros tas de glace ?!?!

Xezbeth se demanda exactement la même chose lorsqu’une immense montagne de glace se mit à bouger devant lui, faisant trembler le sol à chacun de ses pas. Le cor meugla et les guerriers restant se mirent aussitôt à battre retraite, passant sous les jambes de glaces des géants. Un démon tenta de les rattraper, volant dans leur direction, mais l’un des colosses l’arrêta d’un mouvement de la main, l’envoyant violemment voler jusqu’à l’autre bout du terrain et s’écraser sur leurs tentes. 

-Mmh… Oh on dirait que ça se facilite…

Il prit à son tour son envol, évitant ainsi de se faire embrocher sur les doigts en forme de gigantesques stalactites quand le géant voulut l’écraser de sa main comme un vulgaire moucheron.

Il monta jusqu’au visage grossièrement taillé de la créature et dû aussitôt éviter le souffle glacé qui sortit de sa bouche. Malheureusement il ne fut pas assez rapide et ses jambes, touchées par le froid glacial, se recouvrirent de gel.

Il serra les dents de fureur et de douleur tout en se gardant hors de portée du souffle.

Il eut néanmoins plus de chances que les démons qui furent capturé par les mains des géants : il les voyait être petit à petit recouvert de glace alors qu’ils essayaient vainement de s’échapper de l’étreinte, jusqu’à finalement être complètement incorporé par leurs agresseurs, prisonniers de leurs corps de banquise.

Voyant cela, la colère de Xezbeth s’en retrouva décuplée. Alors comme ça ces vulgaires paysans avaient trouvé une solution pour se débarrasser d’eux… La seule qui leur soit possible… Autrement dit les emprisonner…

Cependant l’invocateur, car il ne pouvait s’agir que de ce genre de magie, ne pourrait pas tenir très longtemps, surtout s’il lui mettait la main dessus…

Il redescendit et chercha à se faufiler derrières les géants, évitant habillement, en volant en piquet ou en tournoyant, leurs attaques. Au passage il remarqua alors qu’Irvaïm était en difficulté. Il était coincé au sol, ses deux ailes couvertes d’une épaisse couche de gel qui l’écrasait de son poids. Xezbeth se posa à terre et accourut vers le jeune homme.

Enfin, pour lui, ça restait toujours un jeune homme. Difficile de chasser la vision du jeune voleur sans scrupule qu’il avait rencontré à Babylone.

-Irvaïm !

-Seigneur Xezbeth ! Je suis désolé, je n’ai pas réussi à m’échapper à temps et cette bouse de neige m’a eu…

-Si tu as encore le cran de faire des jeux de mots stupides, c’est que tu es sur l’article de la mort…

Le démon l’aida à se redresser et attrapa sa taille fine pour le jeter sur son épaule. Il s’envola en supportant sans trop de problème le poids en plus, tout en étant content qu’il ne s’agisse pas de Mechviel, qui lui, pesait un âne mort.

Il se dirigeait vers les falaises pour retrouver ce dernier lorsqu’il aperçut de qui venait tout ses problèmes actuels.

La princesse Arunya se tenait dans un cercle de lumière qui la faisait paraitre encore plus petite et frêle que lorsqu’il l’avait rencontré il y avait de cela presque un an. Au milieu de tout ce blanc et ce rouge, elle ressemblait à une créature divine sur lequel les évènements n’avaient aucune emprise.

Xezbeth n’avait jamais été humain, il était né ange. Il avait longtemps observé les êtres humains du haut du ciel, cherchant à comprendre ce qui les animaient, cherchant à comprendre leurs passions, pourquoi ils riaient, pourquoi ils pleuraient, ce qu’était le plaisir, ce qu’était le désir… Les anges ne ressentent presque rien et ils ne sont rien. Du moins ils n’étaient rien tant que Dieu existait.

Lorsque Lucifer s’était opposé à Dieu, il l’avait suivi, il était tombé avec lui, il était devenu un démon en espérant qu’il pourrait enfin ressentir quelques sentiments transcendant. Il avait expérimenté de nombreuses choses, mais malgré cela, il continuait à ne rien ressentir, rien à part la colère. Quand les autres anges n’eurent aucun mal à jouir de leurs nouveaux sens, lui il avait l’impression d’être resté dans un bloc de glace. Il pensait qu’un peu de compagnie pourrait changer cela et il avait trouvé Mechviel, mais l’étincelle n’eut pas lieu. Alors il commença à mentir, à mentir aux autres, à se mentir… L’ange de la vérité était alors devenu le démon du mensonge.

Il avait définitivement renoncé à toute émotion forte puisqu’il était condamné à ressentir tout tiède. Qui aurait pût croire qu’il lui faudrait aller dans un pays aussi froid que son cœur pour éprouver enfin le tumultueux étranglement du désir ?

C’était la première fois qu’il désirait posséder quelque chose au point d’oublier tout ce qui l’entourait.

Il la voulait. Pour lui, rien que pour lui. Il voulait l’enfermer dans un endroit d’où elle ne pourrait jamais lui échapper. Il voulait la posséder et s’emparer de tout son être, de son corps jusqu’à son âme.

Ses yeux s’étrécissaient alors qu’un sourire vrai venait effleurer ses lèvres. Alors c’était donc ça… Voila donc pourquoi les Hommes étaient capable du pire…

Il déposa Irvaïm sur un coin de la falaise et fit signe à Mechviel un peu plus loin, de reprendre le combat. Celui-ci récupéra ses deux épées et vola dans sa direction, les sourcils froncés.

-Pourquoi seigneur ? Il vous suffit de briser le cercle de cette mioche et l’invocation sera rompue !

Il tressaillit en sentant soudain l’épée de son seigneur et maître contre sa gorge.

-Ne l’appelle plus jamais comme ça… Le menaça Xezbeth. Et nous n’allons certainement pas aller au plus simple. Comment veux tu qu’ils nous craignent s’ils s’aperçoivent que nous avons un point faible ? Le Grand Prince n’apprécierait certainement pas ce genre de victoire.

-Il a raison Mech… Répliqua Irvaïm en se mettant en position assit. Aide-moi à dégeler mes ailes et je repars au combat !

-J’en aurais fini avant cela, annonça Xezbeth avec un reniflement dédaigneux.

Il plongea de la falaise avant de déplier ses ailes, planant en direction des géants de glace.

-Il… n’a pas menti, remarqua Mechviel en préparant un sort de feu.

-J’ai entendu…

Ils observèrent le démon foncer en piqué sur l’un des géants et lui trancher le bras de son arme. Ce dernier tomba à terre avec un bruit sonore. Il rejoignit alors les démons qui avaient échappé à la congélation et leur donna des ordres. Tous descendirent alors au sol et récupérèrent des morceaux de bras, de jambes, voire même une tête des guerriers qui avaient succombés sous leurs coups. Ils se mirent alors à tracer un immense cercle de sang autour des créatures tout en évitant leurs assauts.

-Je vois, il va leur faire gouter à la magie des démons… Commenta Irvaïm en remuant intuitivement l’aile qui était en train de fondre.

Dans ce cercle, les démons commencèrent à tracer des symboles, mais pour le final, c’est Xezbeth qui évita avec adresse les géants pour se placer au centre et se tranchant le poignet sur le fil de son épée, il fit jaillir son sang circulairement tout autour de lui, terminant l’élaboration du cercle magique.

Entretemps les autres démons avaient désertés le périmètre et lorsque le sang de Xezbeth rentra en contact avec le sang des victimes, le cercle se mit à briller, enfermant les créatures en son sein.

Puis le démon souleva son immense épée et la tenant à deux mains, il l’enfonça de toutes ses forces dans la terre avec un cri bestial, tombant un genou à terre. Le sol se mit soudain à trembler sous les géants qui essayaient en vain de quitter le cercle pour continuer leur travail, les glaces se fissurèrent suivant le tracé brillant, s’écartèrent en grondant, s’élevèrent en rugissant, s’entrechoquant, créant des gouffres sans fond d’où se mirent à s’élever des souffles ardents venant tout droit du centre de la planète.

Au milieu de cet enfer se tenait le démon qui n’avait pas bougé, protégé par son sang, il semblait se trouver dans l’œil d’un cyclone.

-Disparaissez misérables créatures !

Les géants de glaces dégringolèrent dans les failles créées par ce sol qui ne cessait de se mouvoir pour mieux absorber leurs victimes, avant de se refermer sur elles à tout jamais, redevenant peu à peu la plate et tranquille étendue de neige.

Le cercle disparut et Xezbeth se releva avec lenteur, essoufflé et complètement épuisé. Il porta à sa bouche son poignet pour pouvoir lécher le sang qui avait continué à s’écouler lors du sort et qui commençait à peine à se refermer.

Il avait utilisé énormément d’énergie pour se débarrasser de ces empêcheurs de tourner en rond, mais il lui restait encore des choses à faire. Le gout de son sang lui donna un coup de fouet et il se promit de dormir une semaine d’affilé une fois qu’il aurait Mindas Thish à sa botte.

Une partie des soldats et le roi était reparti par les falaises pendant que la princesse invoquait leurs protecteurs. S’apercevant de sa défaite, ils devaient sûrement être en train de se replier dans la forteresse de Viriam. Il retira son épée du sol et fit rapidement un inventaire de ses troupes, constatant avec agacement qu’il en avait perdu la moitié. Dont quelques uns qu’il avait commencé à apprécier. Pour les autres, il s’en fichait, il n’avait jamais manqué de disciples : êtres humains, humanoïdes et non humanoïdes, quelques races exceptées, le mensonge était universel.

Et quelques autres exceptions qui confirmaient la règle, songea Xezbeth en levant les yeux vers la falaise où se trouvait la petite fille qui s’était effondrée, tant de fatigue que d’ébahissement, elle aussi haletante.

Mechviel atterrit prés de lui, il tenait par un pan de manteau l’un des cadavres de magicien et le lui tendit :

-Tiens.

Xezbeth hocha la tête avant de mordre sans hésitation dans le cou du mort pour se mettre à aspirer son sang. Il soupira de contentement en se sentant récupérer des forces alors que son lieutenant le regardait sans cacher son admiration :

-C’est la première fois que je vous vois utiliser la Haute Magie… C’était purement impressionnant ! J’ai hâte du jour où je pourrais faire de même…

-Je n’avais pas le choix, grommela son seigneur en s’arrêtant un instant de boire, nous avons de la chance d’avoir eu à faire à des Dieux mineurs, contre Odin ou Thor, on aurait pas eu d’autres choix que de s’enfuir la queue entre les jambes… J’en connais deux qui doivent morfler en ce moment…

Il n’eut pas trop de peine à imaginer Asmodée et Balthazar en pleine galère. Cependant s’il savait qu’Asmodée s’en sortirait, étant plus puissant que lui, il se doutait que le démon du feu, lui, devait ne pas en mener large… Déjà qu’il n’avait pas arrêté de râler pendant tous le voyage… Si seulement il avait accepté d’être un peu plus docile envers le Grand Prince, ce genre de galère ne lui serait pas arrivé… Bien que Xezbeth ne pouvait s’empêcher d’être impressionné par la capacité de résistance du rouquin. Lui, il n’était pas sur d’être capable de résister à Caïn si ce dernier insistait sur un ordre. Par chance, le Grand Prince n’avait jamais été particulièrement attiré par lui. Il avait eu juste le malheur qu’il se soit souvenu de lui lorsqu’il avait élaboré cette mission…   

-A quoi êtes-vous en train de penser ?

-A des choses perverses.   

-Tiens, au fait, votre petite princesse est en train de s’enfuir…

Le cadavre fut jeté sans ménagement à terre et Xezbeth, ragaillardi, pût enfin battre des ailes pour décoller et rattraper la fugitive avant qu’elle ne retrouve son père.

Ou qu’elle le retrouve, ça n’avait aucune importance, il se fraierait un chemin dans le sang. Volant au dessus de la falaise qui courait sur plusieurs dizaines de kilomètres, il repéra un point bleu qui courait dans la neige, tantôt trébuchant, tantôt s’écroulant. Il était évident qu’elle avait épuisé toutes les ressources impressionnantes de son petit corps.    

Il plongea en piqué, tel un hibou sur une souris, et en moins de temps qu’il fallut à la princesse pour se retourner, il attrapa la jeune fille et la souleva dans ses bras.

-Attrapé ! Lança t’il d’un ton victorieux, tandis qu’Arunya était pétrifiée d’horreur.

Incapable de bouger, incapable de penser, écrasée par son aura, elle lui faisait penser à un petit lapin terrorisé. Mais ce n’était pas pour ça qu’il allait la lâcher.

-Je t’avais dit qu’on se reverrait.

Il sentit alors un déplacement d’air et sut que son armée venait d’atterrir prés de lui.

-Très bien, allons nous emparer de leur forteresse maintenant !

***

Arunya eut comme un blanc. Bien que ce ne fut pas à proprement parler un blanc, plutôt un décrochage, avec de longues secondes qui s’écoulèrent comme des minutes.

Cela lui rappelait le jour, où en dépit de tout avertissement, elle s’était aventurée sur la glace qui recouvrait la mer de la troisième Mindas. Personne ne savait exactement combien de créatures grouillaient dans les profondeurs marines de la planète, mais l’on savait que la plus grande partie qui osait mettre le nez à l’air libre était très dangereuse.

Elle avait à peine 6 ans à ce moment là et elle s’était trouvée toute émerveillée lorsqu’une ombre gigantesque et menaçante était passée sous ses pieds là où la glace était plus fine. Elle savait qu’elle ne risquait pas de passer à travers, mais il ne lui était pas venu non plus à l’idée que la bête aurait pût, elle, briser le fin rempart qui les séparaient. Quoiqu’il en soit, la forme avait passé son chemin et c’était dans un trou de forme ronde qu’elle avait aperçu une nouveauté. Elle ne s’était pas trop approchée, car son père lui avait expliqué qu’il arrivait souvent aux enfants trop curieux de glisser et de tomber dans ces trous percés dans la glace. La plupart en mourrait d’ailleurs. Donc elle s’était tenue à quelques distances, observant la tête verte qui était immobile, très légèrement dans l’eau, de forme triangulaire, plate, et pourvue de fossés et de bosses, ses grands yeux noirs étaient plissés et fixés sur un point de la banquise.

Arunya n’avait pas pu voir sur quel corps se tenait cette tête mais elle avait trouvé dans tous les cas que ce poisson était très bizarre.

Elle avait tourné son attention sur le gros lézard des neiges que la bête aquatique fixait. Ce dernier regardait aussi le trou, les narines dilatées et les yeux grands ouverts, et semblait ne pas savoir quoi faire, tentant d’aller à droite, puis renonçant et tentant à gauche.

Ce lézard était lui aussi bizarre, avait constaté Arunya en gloussant.

Son rire s’était étranglé brusquement lorsque la tête du poisson s’était propulsée sur le lézard dans un mouvement éclair, découvrant un très long cou qui s’était déplié ; les crocs tranchants de l’animal s’étaient alors refermés sur le reptile dans une étreinte mortelle.

Le cou s’était replié aussi rapidement qu’il s’était déployé, emportant avec lui le cadavre du lézard que le poisson avala tout rond en deux bouchées.

La petite fille se rappela avoir été dégoûtée par ce spectacle, mais au lieu de s’enfuir retrouver la terre ferme, elle était restée bêtement accroupie sur la glace et s’était tétanisée lorsque le poisson, une fois sa proie gobée, s’était tourné vers elle, la regardant de ses yeux à la lueur mauvaise.

Arunya avait alors comprise se qu’avait ressenti le lézard : Etait t’elle dans son périmètre de chasse ? Le cou de l’animal était-il assez long pour l’attraper et l’entrainer avec lui dans l’eau ?

Après avoir vu l’animal en action, elle savait qu’elle n’aurait pas le temps de s’éloigner, au moindre mouvement de sa part, le cou s’étendrait à une vitesse foudroyante…

Elle avait eu alors terriblement peur, n’osant plus bouger malgré l’envie qu’elle avait de s’enfuir en hurlant, ne pouvant rien faire, quoiqu’elle tentait elle était morte… Des larmes d’effroi s’étaient mises à couler de ses yeux alors que la bête continuait de la fixer d’un regard cruel.

Et c’était ce qu’elle ressentait à présent, dans les bras du démon. Elle était à nouveau face au monstre des trous. Sauf que cette fois-ci, sa mère n’était pas là pour la sauver… Et ce dernier avait refermé sa mâchoire dentelée sur elle et l’emportait au fond de l’eau. Et elle ne pouvait rien faire.

Tant qu’elle se trouvait en contact direct avec le démon, elle ne pouvait penser à rien d’autre que la peur qui l’envahissait tout entière, inexpliquée, stupide, mais bel et bien réelle. Elle ne voyait pas son château être dévasté, elle ne voyait pas les gens qui l’avaient toujours entourés mourir sous ses yeux. Elle ne voyait pas la forteresse tomber et son univers à elle s’effondrer.

Elle prit conscience de tout cela uniquement lorsque le démon la déposa à terre et la lâcha. Elle faillit ne pas tenir sur ses jambes mais la vision de son père, le visage émacié, les yeux rougeoyants de fièvre, ne tenant que grâce à son épée, lui donna l’électrochoc nécessaire pour courir vers lui et le prendre dans ses bras.

Etrangement, elle était encore en vie et le démon n’avait pas semblé vouloir la retenir.

-Père ! Vous êtes dans un tel état ?! Vous n’allez pas vous battre alors que vous souffrez encore de ce poison ?

-Calme toi Arunya… Répliqua son père d’une voix sifflante et basse, c’est tout ce qu’il me reste en dehors de toi. Nous avons combattu vaillamment mais nous sommes quand même tombés… Lorsque je serais mort, tu seras la dernière à pouvoir perpétrer notre lignée et récupérer notre royaume…

Il passa sa main sur son cou et ses doigts s’emparèrent d’une chaine qu’il brisa pour la tendre à sa fille. A son bout pendait le pendentif que portaient les rois de sa famille depuis un millénaire. Un rond d’or incrusté de quatre pierres précieuses polies en perles.

-Non père…

Elle voulu repousser son présent mais il le lui mit de force dans la main :

-Je sais que c’est un lourd fardeau pour une personne si jeune, je… Je regrette Arunya.

Il la lâcha et avança d’un pas décidés vers Xezbeth qui avait lui aussi sorti son épée.

-NOON PERE !

A présent il ne lui restait plus que lui. Comment pourrait-elle vivre toute seule ?

-Fuit ! L’entendit t’elle dire avec calme alors qu’il se plaçait face à son ennemi.

-Non…

-Obéis au dernier ordre de ton père !

- Vas-y, ma petite, obéis aux ordres de ton géniteur ! De toute façon tu ne cours pas assez vite pour nous échapper ! Lâcha Xezbeth. Mais ça peut t’épargner de voir des choses que tu n’as pas envie de voir !

Cette phrase chassa toute la tristesse qui envahissait Arunya et indignée, elle releva la tête avec orgueil et se tint droite à sa place, le ton acide :

-Sachez Monstre, que nous, les enfants d’Yggdrasil ne craignons ni la guerre, ni le sang, ni la mort. Si vous tuez mon père, je serais fière de lui et pour lui car il ira rejoindre Odin en Asgard !

-Asgard n’est qu’une des nombreuses galaxies qui compose le Groupe d’Yggdrasil, nous finirons par l’avoir elle aussi… Commenta Xezbeth avant de se tourner vers le roi : dans ce cas, devrais-je vous tuer une deuxième fois ? Ou irez-vous à ce moment là ?

-Que Hraesvelg vous perce les yeux ! Rugit simplement l’homme en s’élançant courageusement sur la silhouette immense et tout en muscle du démon.

Il fut rejeté en arrière. Retrouvant son équilibre pour éviter de tomber, il puisa dans ses dernières forces à la vue imminente de sa mort et aperçu_ ou peut être rêvait t’il ?_ deux jeunes femmes magnifiques, habillées de voiles sous leur armures, lui sourire sous leur casque ailés, voletant au dessus des démons, invisibles et délicates.

Il remonta une de ses mains sur le pommeau de l’arme, s’assurant ainsi une meilleure prise, et dans un cri magistral, fendit l’air de son épée. Xezbeth fit de même et cette fois-ci les deux lames ne se rencontrèrent pas.

Sous le regard faussement confiant d’Arunya, le sang jaillit. Elle avala difficilement sa salive en essayant de ne pas suivre le trajet que faisait la tête de son père jusqu’à ses pieds. Et elle resta immobile, les jambes fermement ancrée au sol. Elle ne savait pas de quoi elle avait l’air à l’extérieur, mais à l’intérieur, elle était toute glacée. C’était comme si tout d’un coup son corps avait cessé d’émettre de la chaleur, comme si elle s’était transformée en statue de glace. Elle ne pouvait plus bouger. Elle ne voulait plus bouger.

Parce que ça pourrait faire repartir le temps. Parce qu’elle n’aurait pas d’autres choix que d’accepter la mort de son père.

Son père…

Elle sentit alors un doigt se poser sur sa joue et remonter jusqu’à ses yeux. Reprenant conscience de ce qui l’entourait, la petite fille fit un mouvement en arrière, tomba sur les fesses et s’éloigna aussi vite qu’elle le put en rampant du démon.

Elle se rendit compte alors que ses joues étaient mouillées de larmes. Xezbeth porta distraitement son index à sa bouche pour lécher la larme qu’il avait recueillie et sourit. Comme d’habitude, avec ce sourire atrocement vrai, qui se lisait dans les yeux, mais qui était faux. Terriblement faux. Il avait recueilli dans la bataille une estafilade qui lui barrait le torse mais qui commençait déjà à se refermer.

-Pour quelqu’un censé être fier de son père, je te trouve tristement morose, lança t’il.

-Ce… C’était mon père ! Répliqua-t-elle en sentant sa colère rejaillir, faisant fondre l’iceberg dans lequel elle s’était enfermée. Vous n’êtes que… Que des MONSTRES !

Elle se rappela alors du poignard qu’elle avait coincé dans sa ceinture et se demanda si en visant bien, elle pourrait lui faire du mal.

-Un monstre, hein…?

-Et je préfère mourir avec honneur sur l’instant plutôt que de rester une seconde de plus avec vous !

Dégainant son petit poignard, elle fonça sur lui et le lui planta en plein cœur de toutes ses forces. Etre aussi prés de lui était insupportable, elle se sentait à nouveau comme immergé dans une eau glacée. Il aurait du reculer, tressaillir, mais il n’en fit de rien et entoura l’enfant de ses bras, la serrant plus contre lui et faisant ainsi rentrer plus profond le poignard en lui.

Arunya, elle, était figée de terreur. A nouveau face au monstre du trou. Elle sentit l’haleine du démon contre son oreille :

-Oh non, princesse Arunya, vous n’aurez pas ce plaisir, vous resterez en vie tant que je le désirerais et vous serez bien obligé de vivre avec des « MONSTRES » comme vous le dites. Tout comme ce système que je viens de conquérir au nom de notre Grand Prince, vous êtes mienne.

Il lâcha la petite fille tétanisée, arracha avec mépris le poignard pour le jeter à terre et se redressa pour regarder en direction de ses deux seconds :

-Que l’un de vous deux envoie un démon dresser notre drapeau sur la plus haute tour ! Et je pense que nous avons bien mérité une petite fête, sortez moi quelques uns de ces serviteurs que nous avons jetés en prison, qu’ils nous préparent quelque chose !

-Je m’en occupe, fit Mechviel, un sourire hautement réjouie à cette idée.

-J’imagine que nous repartons dés demain pour un autre système ? Fit Irvaïm en jouant avec son épée.

-Oui, le Grand Prince ne sera satisfait que lorsque le Niflheim sera sous sa coupe. Et nous devons rejoindre Asmodée et ce crétin de Balthazar de l’autre côté… Mais tu ne viens pas avec nous.

-Quoi ?! S’exclama le blond en sursautant. Et pourquoi ça ?!? C’est parce que je n’ai pas réussi à vaincre les géants des glaces ?

-Non, c’est parce que j’ai confiance en toi et que je voudrais que tu gardes le système de Sion en mon absence…

-Enfin un mensonge, même s’il fait pale figure, cracha Irvaïm, ce n’est pas sur le système que vous voulez que je veille, c’est sur cette gamine… Pourquoi ?

-Je ne me l’explique pas. C’est comme ça c’est tout. Je ne veux pas qu’elle quitte ce château. Je veux qu’elle soit à la même place lorsque je reviendrais.

-Et pour ça vous engagez quelqu’un qui sera fou de jalousie !

-Au moins je sais que tu n’essaieras pas de te la faire !

A la suite d’une soirée de réjouissance auxquelles Arunya n’assista pas, enfermée dans sa chambre, folle de chagrin et folle de rage, Xezbeth et une partie de sa troupe partit de Mindas-Thish en laissant quelques démons derrière lui.

Il disparut de la vie d’Arunya.

Du moins pendant huit années.